La Grand-Place de Bruxelles alchimique
Paul de Saint-Hilaire dans son ouvrage ” Bruxelles mille ans de mystères” affirme que la Grand Place révèle par divers symboles les opérations permettant de découvrir la pierre philosophale.
Pour rappel la voie sèche ou courte qui est illustrée sur la Grand Place comprend sept étapes, sept étant semble-t-il le chiffre récurrent en alchimie.
Newton qui était obsédé par le grand oeuvre ne voyait-il pas sept couleurs dans la composition de la lumière solaire ?. ( Voir le documentaire de la BBC sur le sujet:Newton the dark heretic.)
Il semble d’ailleurs que Bruxelles ait des affinités avec le chiffre sept.
En 1306 une charte reconnaît sept familles souches bruxelloises. Il fallait en faire partie pour briguer un des sept mandats d’échevin de la ville. En 1646 Erycius Puteanus représente ces lignages par cette gravure ( extrait de Bruxella Septenaria )
Pour info site des descendants http://www.lignagesdebruxelles.be/
Saint-Hilaire voit dans la gravure de Puteanus la rose aux sept pétales des alchimistes. Chaque pétale symbolise un métal, une planète et un archange.
La première enceinte de Bruxelles comptait sept portes. Chaque famille souche possédait une des clefs.
1- La porte noire ou de Malines
2- La porte Sainte Catherine
3- La porte Saint Jacques ou d’Overmolen
4- Steenpoort
5- La porte de Coudenbergh
6- La porte Sainte Gudule ou Treurenberg
7- La porte aux herbes potagères ou Warmoesbroek
Chaque porte conduit vers la Grand-Place où trône l’archange St Michel équivalent au mercure chez les alchimistes.
En tout cas, le chiffre sept est bien présent dans l’environnement de la Grand Place:
Sept rues aboutissent sur le lieu ( rue des chapeliers, rue de l’étoile, rue de la tête d’or, rue au beurre, rue chair et pain, rue des harengs et rue de la colline ).
Trois blocs d’édifices sont divisés en sept maisons:
Le bloc compris entre la rue de la colline et la rue des harengs:

Le bloc compris entre la rue au beurre et la rue de la tête d’or:

Et le bloc entre la rue au beurre et la rue chair et pain:

L’ édifice des ducs de Brabant ( entre la rue de la colline et la rue des chapeliers ) comprends 9 maisons. Toutefois Saint-Hilaire affirme que les deux dernières maisons à droite font partie de l’étape correspondant au bloc des cinq maisons entre la rue des chapeliers et la rue de l’étoile.


Le chiffre sept est récurrent dans l’histoire de Bruxelles. Mais cela ne suffit pas à prouver que la Grand-Place soit un grimoire alchimique à ciel ouvert. Il faudrait que la construction des édifices ait été gérée par un groupe d’initiés veillant à la mise en place de la symbolique alchimique sur les diverses façades. Jean van Win, dans son livre ” Bruxelles maçonnique” prétend que c’était impossible, vu le nombre d’intervenants sur les différents chantiers.
C’est vrai que la Grand-Place d’aujourd’hui est le résultat de nombreux travaux qui s’échelonnent sur différentes époques. La plaque commémorative qui se trouve sous les arcades de la maison de l’étoile en témoigne:

Il existe cependant dans l’histoire de la Grand-Place un moment privilégié où il aurait été possible de concevoir un plan d’ensemble puisqu’en 1695 le maréchal de Villeroy ( le plus stupide des officiers de l’armée de Louis XIV ) bombarda le centre de la ville. Comme la plupart des maisons de la Grand-Place étaient construites en bois, un énorme incendie acheva d’anéantir le lieu.

Pour des infos complètes sur l’histoire du bombardement de Bruxelles, voir l’article de wikipedia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_de_Bruxelles_de_1695
Malgré l’ampleur de la catastrophe, la Grand-Place fut reconstruite en moins de cinq ans, encore plus belle qu’avant. C’était un véritable exploit nécessairement géré par un maître d’oeuvre hors pair. Il semblerait d’après Saint-Hilaire que l’architecte principal fut Guillaume Debruyn:
“On peut considérer Guillaume Debruyn (1649-1719) comme l’auteur de la Grand-Place, et plus spécialement de son décor symbolique.”
Je vous invite à suivre le parcours alchimique de la Grand-Place tel que suggéré par Paul de Saint-Hilaire.
L’adepte était censé pénétrer dans Bruxelles par la porte Ste Catherine ( ancien port de la ville ). Ce qui le ménerait tout droit vers l’église Saint Nicolas avant d’accèder à la Grand-Place par la rue au beurre.


L’initié est invité à entrer dans l’église et découvre à l’entrée un Christ au pied doré:

Il est d’usage de caresser le pied de la main droite. Geste qu’il faudra répéter à la fin du parcours alchimique mais cette fois sur le bras du gisant qui se trouve sous les arcades de la maison de l’étoile:

Mais revenons à l’église Saint Nicolas et allons voir l’autel dédié au saint patron des enfants.

Sous les pieds de Saint Nicolas remarquez trois petits enfants:

Sans doute allusion à la légende des enfants au saloir:
D’autres histoires mettent en évidence le saint et le chiffre trois:
La légende des trois officiers
La légende des trois pucelles dont la fontaine se trouvait entre l’église et la grand-place, mais que la pudibonderie autrichienne obligea à cacher aux yeux du peuple. L’eau jaillissait de leurs seins. On racontait à l’époque qu’en jetant une pièce d’or dans la fontaine, il était possible de retrouver sa virginité.
Mais il suffit de lever les yeux au dessus de l’autel pour se convaincre que la trinité est vraiment présente:


Bon et alors ? Tout cela a l’air bien normal dans une église catholique. La trinité c’est le père, le fils et le saint esprit. L’oeil qui voit tout dans le triangle c’est Dieu tout simplement. Quel est le rapport avec l’alchimie ?
Il est bon de rappeler que le symbole du triangle rayonnant est partagé par d’autres institutions comme par exemple la franc-maçonnerie et que son origine est probablement liée à la mythologie égyptienne. Le triangle symbolise Isis, Osiris et Horus. L’oeil est celui d’Horus.
Pour info, le musée d’art et d’histoire du cinquantenaire à Bruxelles possède une petite pyramide sculptée datant de l’ Egypte ancienne. Au sommet un soleil rayonnant ou peut-être un oeil stylisé.

Le triangle rayonnant se retrouve aussi dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. On ne peut pas dire que les révolutionnaires français étaient de fervents catholiques. Ils avaient instauré le culte de l’être suprême afin de déchristianiser la France.

Pour l’alchimie la trinité est synonyme de Grand-oeuvre. Le travail alchimique se divise en trois phases: l’oeuvre au noir, l’oeuvre au blanc et l’oeuvre au rouge. Pour l’alchimiste tout corps est constitué de trois substances: le soufre, le mercure et le sel:
« Parmi toutes les substances, il en est trois qui donnent à chaque chose leur corps, c’est-à-dire que tout corps consiste en trois choses. Les noms de celles-ci sont : Soufre, Mercure, Sel. Si ces trois choses sont réunies, alors elles forment un corps (…). La vision des choses intérieures, qui est le secret, appartient aux médecins. (…) Prenez l’exemple du bois. Celui-ci est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c’est le Soufre ; ce qui s’exhale en fumée, c’est le Mercure ; ce qui reste en cendres, c’est le Sel. (…) Ce qui brûle, c’est le Soufre ; celui-là [le Mercure] se sublime, parce qu’il est volatil ; la troisième Substance [le Sel] sert à constituer tout corps. »
extrait de Paracelse, Liber paramirum (1531), Livre I : “Des causes et origines des maladies provenant des trois premières Substances”, chap. 2 : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l’all. J. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. “Sebastiani”, 1975, t. 1 p. 158-161.
Si le sel constitue tout corps, on comprend mieux la légende des trois enfants au saloir… Et si St Nicolas a attendu sept ans pour redonner vie aux trois enfants, c’est que le chiffre sept est aussi un chiffre alchimique…
Notez aussi qu’il y a sept anges autour du triangle rayonnant.
Saint-Hilaire fait remarquer qu’ une tête de mort est posée sur le genou de l’ange inférieur gauche. Il symboliserait une des étapes de l’ oeuvre alchimique: la putréfaction de la matière première:

L’église St Nicolas va nous révéler d’autres secrets:
Sur la droite de l’autel St Nicolas, se dresse une statue de Sainte Barbara:

En réalité, il s’agit de Sainte Barbe patronne de tous les métiers liés au feu et donc la patronne des alchimistes. Elle était censée les protéger des explosions de l’athanor ( four des alchimistes ).
Aux pieds de la sainte, on remarque une tour. Selon la légende, cette tour symbolise son adhésion à la sainte trinité ( remarquez les trois fenêtres ).
Les alchimistes reconnaîtront l’athanor plutôt que la tour.


Image extraite de De alchimia libri tres
A côté de la statue de Sainte Barbe, un lambris nous indique symboliquement le but de l’alchimie:

Au centre l’apôtre Simon qui allait être nommé Pierre:
Cette phrase est étrangement proche de la première phrase de la table d’émeraude d’ Hermes Trismégiste, le père de l’alchimie:
” Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose”
L’alchimie ne vise pas seulement à obtenir la Pierre philosophale qui transforme le plomb en or. Cette pierre est l’étape indispensable pour créer l’elixir de longue vie qui rend immortel.
Les panneaux latéraux du lambris rappellent cette quête d’immortalité. Remarquez le sablier ailé en haut. Il symbolise la chute éternelle du temps, notre destinée vers une mort inéluctable. Mais il peut se renverser et le sable qui était descendu en bas peut se retrouver au dessus ( de nouveau allusion à la première phrase de la table d’émeraude ).
En bas du panneau un bien curieux crâne coiffé d’une couronne de laurier. Arbustre consacré à Apollon, le laurier symbolise l’immortalité acquise par la victoire.
A suivre …
Le trésor de l’abbaye du rouge-cloître

L’abbaye se situe à Auderghem dans un cadre de verdure qui incite à la promenade. Selon Saint Hilaire un trésor y serait encore caché.
En 1784, vu les exactions des sans-culottes, les chanoines auraient pris des dispositions pour sauver les objets les plus précieux. En réaction, le procureur de l’époque fit enfermer le prieur Terlaken pour l’obliger à dévoiler l’emplacement de la cachette. Apparemment ce fut peine perdue puisqu’aucune pièce du trésor ne figure à l’inventaire officiel.
Le bien fut ensuite vendu et partagé en trois lots. Les nouveaux propriétaires s’acharnèrent à démolir systématiquement les bâtiments à la recherche du trésor jusqu’en 1791 année qui vit le retour des chanoines réhabilités.

Pour la suite de l’histoire je vous renvoie au livre de Saint Hilaire qui semble suggérer qu’une croix mystérieuse en briques indiquerait l’emplacement du trésor sous le mur d’enceinte.
Aujourd’hui ce mur est en pleine rénovation et je n’ai rien décelé qui ressemblerait à une croix en briques.

Mais il y a d’autres murs à explorer comme celui-ci, caché dans la végétation:

Et il y a peut-être des indices cachés dans ce texte incrustré sur le mur de l’abbaye

Introduction
Voici le blog d’un bruxellois qui se demande si la capitale de l’Europe ne serait pas également la capitale du mystère. Les articles qui vont suivre tenteront d’illuster un sujet déjà développé par Paul de Saint-Hilaire dans les années 1970.
Dans son livre “Bruxelles Mystérieux”, il révèle les secrets d’une ville qui baigne dans l”ésotérisme.
Même si les idées développées semblent farfelues, c’est toujours amusant de partager les aspects inattendus d’une ville qu’on imagine tranquillement bourgeoise.
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